
TAROT
TAROT, Anatomorphoses
7 – Chariot
Le thème classique du conducteur de char équestre est détourné au profit d’une hybridation entre une figure humaine et celle d’un cheval. Ce centaure d’une nouvelle espèce anéantit les rôles de meneur et de mené et propose une chorégraphie en contrepoint. Cette dualité magnifiée se manifeste dans le jaune et le violet, les deux couleurs du tableau dont les mélanges offrent toute la richesse des tons.
2 – Papesse
Une femme accouche d’elle-même, elle possède la capacité de s’accomplir de manière corporelle et intellectuelle. Sa corporéité est augmentée par des méduses et un placenta. Sa cérébralité se lit au travers des inscriptions qui la recouvrent, et qui sont des formules scientifiques empruntées aux échanges placentaires.
4 – Empereur
Cette carte transforme la figure du patriarche en objet de désir. On voit apparaître un homme aux couleurs pastels, vulnérable dans son endormissement. Le cerveau, centre de contrôle du corps, lui est superposé. Cet organe de la conscience, regardé d’une certaine façon, dévoile lui-aussi des aspects sensuels.
20 – Jugement
Si la carte d’origine évoque le jugement dernier avec son ange joueur de trompette, cette version retient la transmission du souffle au travers d’un baiser. Des poumons se déploient comme des ailes dans un mouvement ascensionnel. La peinture qui appelle à la contemplation, suspend l’instant fatidique et offre un sentiment langoureux d’éternité.
21 – Monde
le vingt-deuxième et dernier atout est l’aboutissement du chemin parcouru à travers les autres cartes. Enveloppant, le placenta géant contient l’adulte et quelques vieux jouets d’enfant dans un mouvement accompli de plénitude.
TAROT, anatomorphoses est composé de:
• 22 peintures (huiles de 195 cm de haut) pour les atouts
• 56 gravures (eaux fortes de 15 cm de haut) pour les cartes numérales
Un jeu de Tarot a été édité, il comporte 78 cartes portant toutes des figures. Il est imprimé à partir des peintures et gravures originales. C’est un Tarot à double enseigne, la française pour jouer et l’italienne pour tirer les cartes.
Autres cartes
Mat : La figure du fou se révulse pour adopter l’arc hystérique. Cette position, inverse de celle du fœtus qui protège, est une mise en danger. Les organes qui parsèment la toile sont en gestation, les gonades au stade indifférencié. Cette peinture saisit le moment où tout peut basculer.
1 – Bateleur : une femme coupée en deux, elle-même prestidigitatrice aux doigts agiles, dansante et chatoyante, est traversée par une moelle épinière marqueur de sa dextérité. Illusion et illusionniste nous toisent et réclament notre attention pour cet incipit.
3 – Impératrice : sous les traits d’Augustine, célèbre patiente de Charcot, cette souveraine apparaît dans toute la plénitude de sa chair avec ses seins multiples. Elle sécrète de l’ocytocine et de la sérotonine, hormones du bonheur dont on lit, inscrites autour d’elle, les structures chimiques.
5 – Pape : ce protecteur est aussi un personnage qui infantilise. Le portrait de Charcot se confond dans celui d’une poule, ses petits sous l’aile, un bras qui protège et un bras qui contraint. En bas, deux hommes hystériques marquent les verticales, évoquant le siège du pape Innocent X de Velasquez repris par Bacon.
6 – Amoureux : l’homme entre deux femmes de la carte d’origine a fait place à un trio féminin aggloméré partageant un seul corps multiple doté de capacités relationnelles inédites. Surplombant le trio, l’amour et la mort emmêlés sont discrètement à l’affut.
8 – Justice : les yeux rivés sur le diapason qui la met en hypnose, la justice tient les reins qui trient la part du bon et du mauvais dans le sang. L’oreille interne garante de l’équilibre est hypertrophiée et dépasse de chaque côté de la tête.
9 – Hermite : cette peinture traduit l’introspection avec un grand coquillage. Unica Zürn, l’artiste incapable d’habiter son corps émerge de cette protection. Se superpose à elle la poupée de Hans Bellmer, son corps apparait ligoté, gonflé comme dans un excès lymphe. Le système lymphatique est matérialisé par ses réseaux de vaisseaux scandés de ganglions.
10 – Roue de fortune : ce système de circulation apportant le changement d’état, plus ou moins enviable, est assimilé au système digestif. En haut, le sphinx avec ses glandes salivaires est en meilleure position. Autour du gros intestin deux figures, le singe qui nourrit l’espoir de s’élever et le lapin écorché qui n’en a aucun.
11 – Force : une femme tient les mâchoires d’un lion. La peinture effectue un déplacement en substituant au sexe ouvert, la gueule béante aux crocs aigus. Cette incarnation féministe nous défie des yeux et de son sexe fort.
12 – Pendu : une figure la tête en bas, attachée par un pied, offre le spectacle de la contention. Le corset féminin écrase les côtes, les pieds réprimés dans leurs pointes de danse ou talons aiguilles. La pesanteur qui contraint tous les corps est maitre de la carte, accusant la verticalité de la peinture et du regardeur. Des coulures ont marqué leurs sillons vers le haut et le bas, le sens de lecture est double, un monde inversé est possible.
13 – Mort : ce lithopédion, fœtus calcifié dans le corps de sa mère, porte en lui la naissance et la mort pour l’éternité. Le fond de la toile est tapissé de cellules en formation en haut, et en bas, toutes les manières que les cellules ont de mourir.
14 – Tempérance : Cette peinture associe une gravure de Bourgery & Jacob sur le système sanguin avec son code de représentation habituel, rouge pour les artères, le bleu pour les veines, et une photographie de Régnard de la Salpétrière illustrant la léthargie. La circulation entre deux états sanguins permet l’équilibre du corps, l’homéostasie, dont on ne prend conscience que lorsqu’elle dysfonctionne.
15 – Diable : Irm de la tête irisée de jaune fluorescent sur un corps de femme, phallus terminé d’une tête recevant des électrochocs, crise d’épilepsie sur de longs doigts de pied griffus, ailes en forme de récepteurs synaptiques sur lesquels agit de la Kétamine, le diable dégage une irradiante effervescence électrique.
16 – Maison Dieu : la carte originale montre une tour foudroyée et des personnages renversés. Au centre de la peinture, un modèle anatomique clastique du XIXe siècle s’éparpille comme frappé par les IRM disruptives qui l’entourent. En bas, soutenant la composition, des lapins mi-dépecés sont les écorchés réels. Ces trois sortes d’images anatomiques modélisent les représentations de nos réalités organiques.
17 – Étoile : une femme fontaine trône sur la rose des vents. L’anatomie détaillée de son sexe indique la place des glandes de skene produisant l’éjaculation féminine. Cette légende se mêle aux notes des observations astrologiques de Newton et la constellation du verseau, elle côtoie en haut, une technique avancée de paillettes procréatives, en bas, une pêche ancestrale d’étoile de mer. Ces données hétéroclites sont à l’image de la diversité des aspirations humaines.
18 – Lune : cette peinture est un rêve, un monde sans dessus dessous, inversé comme un négatif photographique. Les éléments oniriques s’articulent les uns avec les autres. Une écrevisse est vue à la fois de dos et de face, une tête d’hyène avale des langues tombant du ciel. Le visage solarisé de Leonora Carrington apparaît mis en hypnose par la pression des pouces sur ses yeux. Cette peintre surréaliste fut elle-même auteur d’un jeu de tarot.
19 – Soleil : ces siamoises sont une réduction binaire des trois grâces du Louvre, elles présentent à droite le jumeau numérique médical et à gauche le cochon en tant que réserve organique. Au dessus, l’oeil, sens qui reçoit la lumière prend la place de l’astre solaire qui la produit. Comme un parhélie, le second oeil est une version 3D du premier.

TAROT, anatomorphoses, la démarche
Le Tarot a-t-il jamais été un jeu comme un autre ? Quand il apparaît dans les cours italiennes du XVe siècle, c’est un jeu de cartes « tarocchi » un peu particulier, à visée philosophique. Destiné à une élite savante, il met en scène certains concepts humanistes ou néo-platoniciens. Ensuite, au XVIIIe siècle, les occultistes s’en emparent et lui donnent une dimension divinatoire. Le Tarot devient miroir de la destinée humaine.
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Un Tarot divinatoire, comme le Tarot de Marseille, compte 78 cartes à jouer. Parmi ces cartes, 22 figurines ont un rôle particulier : ce sont les arcanes majeurs. Ils scandent la destinée d’un individu. Le Bateleur, la Papesse, l’Impératrice, l’Empereur, le Pape, l’Amoureux, le Chariot… sont les jalons allégoriques de ce parcours.
Ces Arcanes sont des cartes illustrées. Des symboles religieux, antiques, ésotériques souvent mystérieux et inattendus les enluminent. Pourquoi l’écrevisse, par exemple, est-elle associée à la lune ? Parce qu’elle se déplace, selon les cas, à l’envers ou à l’endroit. Elle est versatile, changeante : tout comme la lune dont les phases sont liées au mouvement des marées…
Avec son monde foisonnant d’allégories, le Tarot fut une source d’inspiration pour les artistes. Les Surréalistes s’y intéressèrent de très près. André Breton aimait tirer les cartes pour ses amis. Plus près de nous, Nikki de Saint Phalle créa à Capalbio, en Toscane un jardin des Tarots rempli de sculptures monumentales et colorées représentant les arcanes majeurs.
A mon tour, j’ai voulu dans ce travail me confronter à la symbolique des jeux de Tarots. J’avais l’intuition que le Tarot divinatoire contenait en germe toutes les aspirations humaines. J’y voyais le terreau idéal d’une grande série d’œuvres qui interagiraient les unes avec les autres.
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Les Tarots sont pour moi un point de départ. Une matière à transformer, à interpréter, à tordre. J’envisage les tarots divinatoires à travers deux prismes. D’abord celui des anatomorphoses, une approche que j’explore depuis maintenant plusieurs années et qui s’inspire des planches anatomiques. Elle me permet de pousser les figures souvent abstraites du Tarot vers la chair. A cette vision anatomique j’ai intégré différents motifs médicaux (IRM, formules moléculaires) et des références à l’histoire de la psychiatrie en particulier avec l’iconographie de la Salpêtrière à l’époque de Charcot.
Par ailleurs, j’ai voulu réaliser – c’est mon deuxième prisme – un tarot féministe. Une carte comme celle de la Force a été réinterprétée pour donner naissance à un Hercule féminin qui tient les mâchoires d’un lion. La gueule béante aux crocs aigus se substitue au sexe ouvert. Cette incarnation féministe nous défie des yeux et de son sexe fort. De même, je regarde L’Empereur avec un regard qui fut longtemps celui des hommes sur les femmes. La figure du patriarche imposant devient un objet du désir : un homme vulnérable dans son endormissement.
Ce travail a été commencé en 2021. Après 4 ans d’explorations et de réflexions, un jeu de 78 cartes s’est enfin concrétisé dans 22 peintures pour les atouts et 56 gravures pour les cartes numérales (22 peintures à l’huile de 195×130 cm et 56 eaux-fortes de 10×15 cm et 15×15 cm).
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Tout au long de ce travail, un questionnement sur notre identité ne quittait pas mon esprit. Qui sommes-nous au-delà de cet amas changeant de cellules, de molécules, et de bactéries qui nous constitue ? Quelle permanence y a-t-il dans notre impermanence ? Vieilles et éternelles questions qui hantaient déjà l’esprit, de ceux qui, dès le XVe siècle, cherchaient dans les cartes du Tarot une réponse à l’énigme de l’existence.
A ces interrogations, cette série de toiles ose (modestement) apporter quelques pistes. Ce que disent, en creux, mes silhouettes anatomiques, où les chairs débordent, où l’intérieur et l’extérieur se rejoignent, où toutes les limites s’abolissent, c’est qu’il faut assumer l’impermanence et le désordre. La tyrannie, la vraie, serait plutôt celle de l’identité fixe ou de son illusion. Toute métamorphose est une délivrance. C’est, en dernier ressort, l’une des intentions de cette série de 78 œuvres sur les figures du Tarot : esquisser une libération.
Le jeu édité, les expositions à venir, bientôt ici toutes les infos….

Anatomorphoses, autres œuvres disponibles:
Anatomorphoses, peintures 195×130

Anatomorphoses, peintures 162×130

Sport (footballeurs, rugbymen, sumos), peintures 100×100

Pour les AUTOPORTRAITS (huile, 40X40) consultez https://www.instagram.com/annieclaire_alvoet/

Pour les DESSINS DE JAZZ (encre et lavis, 29,7×21) consultez https://www.facebook.com/DessinsJazzAcAlvoet/

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